Sarkozy, Juppé, Hollande… l’heure du grand nettoyage

A dix jours d’intervalle, trois acteurs clés de la vie politique de ces trente dernières années quittent la scène et ouvrent des perspectives inédites pour la prochaine présidentielle.

Une décision historique. Pour la première fois ce soir sous la Ve République (à l’exception de Georges Pompidou, décédé dans ses fonctions), un président quitte la scène à l’issue de son mandat sans tenter d’être réélu. Un choix salutaire. En annonçant ce soir son renoncement, François Hollande a tourné la page d’une époque. Définitivement. Mort-né, le hollandisme disparaît tout comme le chiraquisme dimanche soir avec la défaite d’Alain Juppé, candidat couvé par le clan de l’ancien président corrézien et tout comme le Sarkozisme, une semaine plus tôt. A dix jours d’intervalle, un Président, un ancien Premier ministre et un ex-Président, excusez du peu, ont donc quitté la scène de la présidentielle 2017, bousculant toutes les prévisions. Toutes les certitudes. 
 
En renonçant ce jeudi 1er décembre, François Hollande lève, même si le combat sera bien rude, une partie de l’hypothèque qui pesait sur la gauche. Il confirme aussi que la primaire socialiste aura bien lieu, avec en son cœur une bataille entre deux lignes claires : celle de Manuel Valls et celle de son ancien ministre de l’Economie, Arnaud Montebourg. Une course d’orientation dont le anti-hollandisme ne sera plus la boussole. 

En réalité, la mise à l’écart volontaire de François Hollande, tout comme celle, involontaire, de Nicolas Sarkozy, libère l’ensemble des Français d’un jeu tacticien mortifère. Jusqu’ici, tous tenaient pour acquis à gauche comme à droite que, pour pouvoir accéder à l’Elysée, il suffisait d’obtenir son ticket pour le second tour afin d’y battre Marine Le Pen. Une automaticité qui figeait le jeu et incitait les acteurs de la scène politique à une forme sinon de paresse intellectuelle, du moins d’une certaine résignation. Il suffisait simplement de se faire passer pour le « moins pire » face au Front national. Désormais, tout est remis à plat. L’heure de la grande clarification. 

L’heure de la grande clarification
A droite, François Fillon a dessiné sa « synthèse des trois droites de René Rémond, orléaniste, bonapartiste et légitimiste», comme le souligne l’un de ses lieutenants, Bruno Retailleau. Ressuscitant au passage un clivage droite-gauche que l’on disait aboli. Au centre, François Bayrou, déjà trois fois lancé dans la course à la présidentielle a senti le vent du renouvellement se lever : hier soir sur France 2, il s’est bien gardé d’annoncer une nouvelle candidature. Emmanuel Macron va combler le sillon du maire de Pau et tenter de capter son héritage ou en tout cas ses électeurs. L’ancien ministre de l’Economie est déjà rejoint par une petite partie des troupes UDI sur lesquelles lorgnait le président du Modem. L’essentiel de la gauche se séparera entre Mélenchon et le vainqueur de la primaire de la BAP, la Belle alliance populaire. Quant à Marine Le Pen, cette purge inédite de la scène politique ne lui profite guère, elle qui prospérait sur la détestation des partis et de leurs vielles figures totémiques usées jusqu’à la corde. Sans compter que la candidate FN sera marquée « déjà vue en avril 2012 » à la différence du candidat de la droite et de celui de la gauche socialiste.   

Il y a bientôt cinq ans, après sa défaite à l’élection présidentielle, Nicolas Sarkozy avait réussi sa sortie avant de tenter de revenir en politique et d’en être violemment éjecté, dès le premier tour de la primaire. Malgré les rodomontades de l’Elysée, où l’on avait qualifié la victoire de François Fillon de « divine surprise », François Hollande se sentait visiblement menacé par une humiliation similaire. Le président actuel, et c’est tout le paradoxe, a bien enregistré le message lancé par 4 millions d’électeurs qui se sont déplacés pour choisir le candidat de la droite et du centre : Sortez les sortants !     

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