Benoît Hamon se place en candidat de l’économie sociale et solidaire

Ce dimanche 28 août à la Plaine Saint-Denis, Benoît Hamon a lancé sa campagne pour la primaire du PS. Pour son premier meeting, l’ancien ministre s’est résolument inscrit à gauche, affirmant un projet politique basé sur les préceptes de l’Economie sociale et solidaire.

Alors que les températures caniculaires commencent à retomber partout en France, ce dimanche 28 août, à la Plaine Saint-Denis, les partisans de Benoît Hamon sont bien décidés à faire monter le thermomètre d’un cran. La foule des soutiens, hétéroclite et plutôt jeune, assure la claque dans les règles de l’art. Le moment est important : à l’Usine, ancien site industriel reconverti dans l’accueil d’évènements, l’ancien ministre de l’Education lance officiellement sa campagne pour la primaire de la « Belle alliance populaire ».

A plusieurs reprises, dans sa longue carrière politique malgré ses 49 ans (ce qui le classe dans la catégorie des jeunes politiques), Benoît Hamon a dû – ou fait le choix de – s’effacer au profit d’un ou d’une autre. Plus maintenant.

Et si Arnaud Montebourg à le panache et le verbe haut, Hamon, lui, peut compter sur de nombreux fidèles rassemblés dans son courant « Un monde d’Avance ». Un avantage certain dans la course. Le choix du département de la Seine Saint-Denis pour ce premier meeting n’est d’ailleurs pas un hasard, à la fois fief de plusieurs députés de son courant dont Mathieu Hanotin, son directeur de campagne et symbole de cette France des quartiers populaires. D’une France qui en attendait beaucoup de l’élection de François Hollande. Dans le 93, le chef de l’Etat avait recueilli 65,3 % des voix au second tour de la présidentielle. Une France à laquelle Benoît Hamon veut s’adresser.

« Benoît ! Benoît ! Benoît ! », l’ancien porte-parole du PS fait son entrée sur scène sous les acclamations. Les équipes d’Hanotin ont bien bossé, le public est chauffé à blanc. A peine a-t-il entamé son discours qu’une voix féminine l’interrompt d’un « Allez Benoît ! »Sourire gêné de l’intéressé. Puis il reprend: « Il n’y a aucun hasard dans le choix des personnalités et dans les thématiques qui m’ont précédé, elles seront au cœur de la présidentielle ». Avant lui, se sont succédés quatre représentants de la société civile. En premier, un poids lourd, l’économiste Claude Alphandéry, ancien résistant, homme de gauche et promoteur infatigable de l’économie sociale et solidaire (ESS). Suivi de l’économiste hétérodoxe Aurore Lalucq, du directeur général de la fondation Danielle Mitterrand France Libertés, Emmanuel Poilane et d’Elisa Lewis, vice-présidente de l’association démocratie ouverte. Tous rattachés à un pan de l’ESS.

Alors qu’Arnaud Montebourg a fait sa mue du souverainisme de gauche, se rapprochant des figures tutélaires d’un Jean-Pierre Chevènement ou d’un Charles de Gaulle, que Jean-Luc Mélenchon s’attaque au nœud gordien européen par son plan B, Benoît Hamon, lui, sera le candidat de l’Economie sociale et solidaire. « On renonce à gouverner les causes pour ne gouverner que les effets », estime-t-il. Et de préciser, citant l’économiste américain Kenneth Edward Boulding : « Celui qui croit qu’une croissance exponentielle peut continuer indéfiniment dans un monde fini est soit un fou, soit un économiste »Citation idéale pour s’attaquer au bilan de François Hollande : « On multiplie les offrandes et les sacrifices à la croissance. 40 milliards d’euros sans aucunes contreparties. Après ces milliards, le code du travail (…) tout ça pour quoi ? Pour quelques déciles de croissance ».

Benoît Hamon, lui, au contraire veut sortir du culte de la croissance. Par moment, on croirait presque entendre le Montebourg de 2011, chantre de la démondialisaton : « Quand le travail se raréfie, ça ne devrait pas être un problème pour la gauche mais une chance (…) pour la réduction du temps de travail ». Autre piste déjà évoquée et réaffirmée, « la création d’un revenu universel d’existence », avec l’ambition affichée de changer « notre rapport au travail. Le revenu universel s’inscrit dans une logique de progrès social (…), le travail n’est plus un moyen mais une fin (…) Les actions bénévoles n’ont pas de prix et sont bien plus précieuses que nombre d’activités marchandes ». Dans sa lettre aux Français, il écrit ainsi : « Je crois en la nécessité d’une économie altruiste parce que nous vivons dans un monde fini et que nous ne pouvons plus sacrifier le progrès social et l’avenir de notre planète aux appétits à court terme du capitalisme financier ».

Un programme de révolution sociale doublé d’une révolution démocratique, celle de la 6ème république. Il veut d’ailleurs ériger la « tempérance en principe de gouvernement. La tempérance, c’est l’affirmation du long terme, de l’éthique de conviction (…), du sens commun ». Tempérance, sobriété et sens commun, des mots sûrement soufflés par son ancien camarade de parti, le député des Français de l’étranger Pouria Amirshahi, qui a largué les amarres du bateau ivre socialiste il y a un an pour lancer son mouvement commun. On retrouve d’ailleurs beaucoup d’accents du dissident socialiste chez l’ancien ministre…

Le meeting touche bientôt à sa fin. Emporté par la ferveur des militants, Hamon, qui avait commencé en affirmant qu’il ne ressentait pas « le feu qui transforme une simple candidature en providence (…), ne me demandez pas donc pas de jouer le président pendant cette campagne », lance pourtant à la foule, la chemise trempée : « Je veux être président de la République pour qu’un juif ou un musulman n’ait plus à baisser la tête, je veux être président de la République pour réclamer que le peuple français gouverne son destin ». Après avoir hésité si longtemps, Benoît Hamon vient bel et bien d’endosser les habits de candidat à la primaire.

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