Au FN, Florian Philippot et Marion Maréchal-Le Pen ne sont plus d'accord… sur rien

Le numéro 2 du Front national et la députée du Vaucluse s’opposent aussi bien sur la loi El Khomri que sur Nuit Debout ou le mariage pour tous. Derrière cette bagarre, la ligne politique du FN avant 2017, alors que Marine Le Pen cherche à apaiser son image.

Qu’on se le dise : le FN est un parti comme les autres. Avec les “Panama Papers”, il est désormais impliqué dans des scandales financiers, comme le PS ou le RPR d’autrefois. Comme les autres partis, sa présidente cherche à polir son image en vue de la présidentielle, avec un nouveau slogan, “la France apaisée”. Comme les autres partis, le FN subit également des divisions internes, des débats, des polémiques, avec en guest-star ces derniers mois, la députée de Vaucluse Marion Maréchal-Le Pen et le numéro 2 du parti Florian Philippot, qui représentent deux lignes distinctes qui coexistent tant bien que mal au sein du Front national de Marine Le Pen.

Dernier épisode en date : le mariage pour tous. Dans Le Monde du 12 avril, c’est le vice-président du FN qui relativise l’importance d’un tel débat dans la société française pour justifier la position ambiguë du Front national depuis le départ (abrogation du mariage pour tous si le FN arrive au pouvoir, remplacement par un PACS amélioré mais pas de démariage pour les couples gays) : “La question de la culture du bonsaï compte aussi beaucoup, ce n’est pas pour autant que l’on va lancer un collectif sur le sujet”, lâche Philippot, blasé. À l’opposé, mi-mars à Milan, Marion Maréchal-Le Pen a dit craindre que le mariage des couples homosexuels n’“ouvre la voie à de très nombreuses dérives“. “D’autres minorités chercheront à faire reconnaître leur forme d’amour, je pense notamment à la polygamie”. Deux positions radicalement opposées: l’un pense que le mariage pour tous est une “diversion“, comme l’a si souvent répété Marine Le Pen, l’autre estime qu’il s’agit là d’un débat de “civilisation“, même si le sujet n’est pas aussi “pregnant dans le quotidien” des Français que le sont le chômage et la sécurité par exemple.

“Sujet fondamental” vs “cause parmi d’autres”

Dimanche 17 avril, on prend les mêmes et on recommence. Par ordre d’apparition, Marion Maréchal-Le Pen, sur RTL : “Je trouve la phrase de Florian Philippot maladroite. Si la culture du bonsaï entraînait des millions de gens dans la rue, cela vaudrait le coup de s’y intéresser. Cela reste pour moi un sujet fondamental. Je crois en effet, et après tout c’est son droit, que Florian Philippot considère que ce n’est pas un sujet majeur.” Marion Le Pen sur le mariage pour tous: “Cela reste pour moi un sujet fondamental”

De son côté, Florian Philippot maintient sa comparaison avec la culture du bonsaï dans le Supplément (une émission pré-enregistrée) de Canal + et fait comprendre tout l’intérêt qu’il porte à la question en répondant à la présidente de la Manif pour Tous, Ludovine de La Rochère. Cette dernière avait demandé des excuses à Marine Le Pen pour la comparaison de Philippot : 

“On va lui acheter de la pommade pour dégonfler les chevilles. Qu’est-ce que c’est que ces manières? Marine Le Pen a des comptes à rendre à ses électeurs, et aux Français, point barre ; elle ne va pas se soumettre aux injonctions d’une personne qui représente un combat, une cause que je respecte parfaitement, mais qui est une cause parmi d’autres.

Deux visions opposées sur la loi El Khomri et “Nuit debout”

Voilà pour le volet sociétal. Mais la fracture est presque aussi béante sur le plan social et économique. Deux exemples : la loi El Khomri, que Philippot dénonce vigoureusement, et le mouvement Nuit Debout, avec lequel il partage d’ailleurs certains combats : “Je pense qu’on aura des points d’accord et de désaccord. On sera d’accord sur le refus de la loi El Khomri, on sera en désaccord sur d’autres sujets”, souligne-t-il, toujours dans le Supplément. “J’aime bien voir une jeunesse qui s’implique, qui débat, quelles que soient d’ailleurs ses prises de position, qu’on soit en accord ou en désaccord c’est pas le sujet, qui s’intéresse donc à la chose publique plutôt qu’une jeunesse désinvestie.”

Là où Philippot voit une jeunesse investie, Marion Le Pen voit “une construction médiatique totalement artificielle” et “une poignée de professionnels de la politique, de militants associatifs.”

“C’est un mouvement qui ne représente rien ni personne, c’est un mouvement de jeunes, lycéens, étudiants qui se font plaisir, qui fument du pétard, qui défendent les 25 heures en durée légale du travail, qui cassent d’ailleurs à l’occasion lorsque ça peut leur faire un petit peu plaisir, qui défendent une soi-disant démocratie avec des assemblées générales et qui crachent sur Alain Finkielkraut lorsqu’il se rend à ce type d’événement. »

Concernant la loi El Khomri, si elle s’y dit opposée, Marion Maréchal-Le Pen s’est déclarée favorable à des évolutions plutôt “libérales” : “La réforme du droit du travail est une partie de la solution“, plaide-t-elle sur France Inter, le 9 mars 2016. “Je trouverais dommage de passer à côté de l’opportunité de prendre des mesures qui puissent aller dans le sens des aspirations des entreprises“. En bref pour la députée de Vaucluse, la loi El Khomri “pose de bonnes questions, mais apporte de mauvaises réponses”.

Invité sur Europe 1 deux jours plus tard, Florian Philippot dit tout l’inverse: “C’est la loi sur la dérégulation du travail“, dénonçant à travers cette mesure une “précarisation générale de la société“.

Difficile de réconcilier ces deux lignes.

En 2017, pour qui tranchera Marine Le Pen ?

Au-delà des dissessions internes qui concernent un parti se joue peut-être un débat plus profond, qui ne cesse de rebondir, et qui pourrait causer quelques problèmes au FN en vue de 2017. Quelle sera la ligne gagnante pour convaincre les Français? Pour l’instant, Marine Le Pen ne tranche pas car cette opposition l’arrange bien. La ligne plus sociale et souverainiste, incarnée par Florian Philippot, sait séduire les couches populaires lors des élections, notamment dans le nord. L’autre, plus identitaire, plus conservatrice et plus libérale, va réunir bon nombre de voix dans le sud de la France, où le FN est aussi particulièrement puissant.

Notre objectif, c’est de construire une majorité“, a répété Philippot dans Le Supplément ce dimanche, plaidant pour une “dédiabolisation” qui éloigne le FN de toute référence à l’extrême droite. “Nous sommes républicains. Nous sommes souverainistes, patriotes, nous croyons en notre pays.

Une obsession du républicanisme que ne semble pas non plus partager la nièce Le Pen. En juin 2015, celle-ci n’a-t-elle pas déclaré dans la revue Charles : “La France n’est pas que la République. C’est un régime politique, et il y a des monarchies qui sont plus démocratiques que certaines républiques. Je ne comprends pas cette obsession pour la République. Pour moi, la République ne prime pas sur la France” ?

Décidément, tout les oppose.

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