Dans "La face crashée de Marine Le Pen", une femme "sous influence" en bande dessinée

Richard Malka, l’avocat de « Charlie Hebdo », est le scénariste et dialoguiste de « la Face crashée de Marine Le Pen ». Une BD-enquête co-signée avec le dessinateur Riss, aujourd’hui directeur de l’hebdo satirique, et le journaliste Saïd Mahrane, et dont « Marianne » publie en exclusivité quelques unes des meilleures planches cette semaine. Entretien.

Marianne : Vous aviez inauguré un genre, la BD-enquête avec La Farce karchée de Sarkozy (parue en 2006), en quoi traiter de Marine Le Pen est-il différent ?
Avec Nicolas Sarkozy, on avait essuyé les plâtres : il fallait inventer un traitement et trouver les équilibres. Le personnage Marine Le Pen est plus compliqué à traiter car tout est délicat avec elle. Je ne voulais pas tomber dans les leçons de morale. C’est de la facilité. En même temps, il ne s’agissait pas non plus de la rendre sympathique. Or elle fait très attention à tout ce qu’elle dit. J’ai eu l’impression de marcher sur des œufs.

Comment avez–vous procédé ?
J’ai appris à la connaître en même temps que j’ai écrit cette BD. Je me suis servi des notes de Saïd (Mahrane, journaliste au Point) mais aussi de A contre flots, l’autobiographie de la patronne du FN qui est très instructive. Ce livre permet véritablement de rentrer dans sa tête. Au final, j’ai livré mon interprétation de Marine Le Pen. Je ne suis pas forcément dans l’objectif mais c’est comme cela que je l’ai appréhendée.

Vous décrivez une candidate très coachée notamment par celui que vous appelez son « gourou », Florian Philippot ?
J’ai découvert une femme sous influence, avec beaucoup de contradictions. J’ai aussi découvert une personne qui peut être aussi très cassante, mais qui doute énormément.

Pourquoi avez-vous choisi de ramasser l’intrigue en une seule journée, celle du 7 mai 2017, jour du deuxième tour de la présidentielle, avec des flash-backs ?
Cela permettait de résumer toutes ses contradictions en une seule journée. Parfois, cela part dans le loufoque. Cela force à une grande richesse narrative. On voulait informer mais aussi bien sûr faire rire.

A la lecture de la BD, on comprend que vous aussi avez douté, sur l’épilogue à donner à votre travail ?
Marine Le Pen va être le personnage de cette présidentielle. Mon intuition de scénariste, est qu’elle sera au second tour, de manière quasi-certaine. Que va-t-il se passer si cette femme arrive au pouvoir ? J’ai écrit cinq fins différentes avant de trouver la bonne.

Ce projet date d’avant les attentats de Charlie. Avez-vous songé à l’abandonner ?
Je n’ai pas pu écrire un mot pendant 6 mois. Nous étions portés à renoncer. Riss avait la responsabilité de Charlie … Grasset nous a secoué. C’est un beau symbole d’avoir continué. Et puis s’y remettre nous a fait du bien.

La Face Crashée de Marine Le Pen, de Richard Malka, Riss et Saïd Mahrane, Grasset, 14,90 euros. En librairies le 5 octobre.

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